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| Échanges et Action |
Les Bases de la Voie Spirituelle
(Extrait du livre " Mahamoudra ", éditions J.C. Lattès)
Quiconque
s'intéresse à une voie spirituelle doit examiner sur quoi elle est fondée, le
but qu'elle propose et les moyens d'y parvenir. Le but de la voie bouddhiste est
la complète libération de toute forme de souffrance et la réalisation de la
dimension éveillée de l'esprit, un état de félicité immuable et définitif.
Tôt
ou tard nous serons confrontés à la mort, c'est inéluctable ! Si nous pratiquons
les enseignements pendant notre vie, c'est afin d'être libres de toute peur au
moment de mourir. C'est pour aborder cette échéance avec confiance, en sachant
avec certitude ce qui doit être fait et ce qui doit être évité, et comment
l'esprit peut utiliser cette opportunité particulière pour se libérer du cycle
des morts et des renaissances. Telle doit être notre conscience de la pratique
au quotidien tout au long de notre vie.

Il est tout à fait essentiel d'aborder la voie spirituelle avec une intention correcte. Nous ne cherchons pas à pratiquer dans le but d'obtenir de meilleures conditions d'existence dans cette vie. Notre intention doit être libre de toute volonté de nous enrichir, d'obtenir puissance, renommée, respect ou tout autre accomplissement lié au monde ou à un profit personnel.
Une telle motivation va à l'encontre du sens du Dharma. Toutes ces visées liées à cette seule vie ne sont d'aucun bienfait à long terme. Il ne s'agit pas davantage de chercher à obtenir, après la mort, une renaissance supérieure, soit en tant qu'être humain jouissant de toutes sortes de félicités, soit dans les mondes divins et leurs bonheurs illusoires. La recherche d'un résultat personnel ne constitue pas une motivation suffisante pour un bodhisattva. Dès que nous nous tournons vers la pratique, délaissant toute considération pour cette vie, notre seule aspiration doit être l'obtention de l'éveil ultime, qui seul peut nous donner la capacité d'agir pour le bien de tous les êtres. Au moment de la mort, nous devrons laisser derrière nous tout ce à quoi nous sommes attachés, tout ce que nous avons accompli et amassé. Nos biens, nos richesses, nos possessions ne nous seront d'aucune utilité. Les êtres que nous aimons le plus ne pourront nous accompagner. Nous ne pourrons même pas emporter notre corps ! Toutes les satisfactions liées à cette vie ne sont que des jouissances temporaires. Elles ne peuvent constituer un but à long terme. Notre unique objectif, en suivant l'exemple du Bouddha, doit être l'obtention du bonheur définitif de l'état d'éveil.
Atteindre
l'éveil signifie fonder sa vie sur l'accomplissement du bienfait des autres. Si
l'on persiste dans la recherche de son intérêt personnel, on ne fait que
continuer à errer dans le cycle des existences. Il est nécessaire tout d'abord
de développer l'aspiration supérieure, celle de parvenir à l'éveil. Une fois
cette intension pure établie, il reste à la concrétiser. C'est par la mise en
pratique de cette
Bodhicitta ou esprit d'éveil que nous nous
mettrons réellement en route vers l'éveil.
L'intention est analogue au moment initial où l'on formule le souhait de se rendre quelque part. Si notre désir est par exemple d'aller en Inde, le moment où l'idée prend forme représente le souhait ou l'intention, puis le voyage proprement dit constitue l'application. Souhaiter atteindre l'insurpassable éveil, c'est développer l'intention de réaliser la bouddhéité le plus rapidement possible, afin de pouvoir réellement aider tous les êtres. Tel est l'engagement, relatif au fruit ou au résultat. Lorsque l'on met en application cet engagement, en s'exerçant concrètement par le corps, la parole et l'esprit à l'accumulation d'actes réellement positifs, c'est la phase de la cause, car ce sont ces actions qui conduiront à l'éveil recherché.

Pour aider à établir cette compréhension, nous devons réfléchir sur les points suivants : partout où il y a de l'espace, il y a des êtres. Tous les êtres sont conditionnés par leur karma. Leur esprit est habité par toutes sortes d'émotions qui les conduisent à expérimenter toutes sortes de souffrances, dans toutes sortes de mondes et de conditions. Tous ces êtres, qu'ils soient humains ou non-humains, ont été un nombre incalculable de fois des pères et des mères les uns pour les autres, dans une succession infinie d'existences.
Quand ces êtres étaient nos parents, ils ont eu pour nous la même tendresse et le même dévouement que nos parents actuels, dans cette vie. Si nous n'apprécions pas à sa juste valeur leur bonté, nous pensons qu'ils nous ont simplement élevés pour leur propre intérêt, et qu'ils sont donc responsables de nos souffrances actuelles. Cela montre que nous n'avons pas conscience de la nature de cette bonté et que nous devons méditer sur elle.
Cette
bienveillance a commencé dans le
bardo, alors que nous cherchions désespérément
à prendre naissance. Notre mère nous offrit alors le refuge d'une matrice. Puis
nous sommes apparus, nus, sans ressources, sans défense, incapables ne serait-ce
que de simplement nous maintenir en vie, livrés au bon vouloir de notre
environnement. C'est notre mère qui nous a lavés, habillés, réchauffés, choyés.
Elle nous a prodigué tous ses soins, nous a nourris, élevés, donné de l'argent,
une éducation, de l'amour. Elle nous a également protégés contre toutes les
formes de dangers qui pouvaient menacer notre vie, comme les brûlures, les
noyades, les chutes, les blessures, les accidents, les peurs.
Si nous étions malades, elle faisait aussitôt son possible pour nous procurer les soins nécessaires. Elle s'est occupée de nous avec un total dévouement, sans se soucier de ce qu'il pouvait lui coûter, et même bien souvent en accumulant des actes négatifs, pour notre seul profit. Nos capacités actuelles, communiquer avec autrui, marcher, subvenir à nos besoins et vivre de façon normale en tant qu'être humain, proviennent toutes de la bonté de nos parents.
Tous
les êtres ont été tour à tour nos parents, et tous sont semblables à nous en ce
qu'ils aspirent tous au bonheur et que tous
cherchent à se protéger de la souffrance. Bien qu'ils souhaitent le bonheur, ils
sont impuissants à le réaliser. Prisonniers de l'ignorance, ils sont incapables
de reconnaître les causes du bonheur et de la souffrance. Par conséquent, ils ne
savent pas que si l'on veut le bonheur il faut accomplir des actions positives,
et que si l'on souhaite éviter la souffrance, il faut également éviter les
actions négatives. Négligeant cette relation entre les actes et leurs résultats,
les êtres continuent, dans leur quête du bonheur, d'accomplir des actions
négatives dont le seul résultat est toujours davantage de souffrance. C'est la
raison pour laquelle ils tournent sans fin dans le cycle des existences, passant
de vie en vie, souffrant éternellement sous différentes formes. Prenant
conscience de cela, nous formons le souhait de tous les
bodhisattvas, libérer tous ces êtres du cycle
des existences et de toutes les souffrances dont ils sont affligés. Et pour
cela, nous décidons de consacrer totalement l'énergie de notre corps, de notre
parole et de notre esprit à cette seule finalité qu'est la libération de tous
les êtres. Notre intention est donc de nous affranchir le plus vite possible de
notre souffrance, afin de pouvoir libérer les autres de la leur. Cette attitude
d'esprit, sincère et profonde, n'est pas simplement une formule vide de sens que
nous récitons de temps en temps, mais une motivation authentique que nous
développons au plus profond de notre être. Elle doit être présente à l'esprit
chaque fois que nous pratiquons le
Dharma.
Avec cette motivation authentique, chaque fois que nous écoutons les enseignements, que nous réfléchissons sur leur sens, puis que nous les mettons en pratique au moyen de la méditation, nous suivons la voie des bodhisattvas, celle qui conduit directement à l'éveil. Quand nous pratiquons l'enseignement du Bouddha, il faut garder toujours présente à l'esprit l'idée que nous mènerons notre pratique jusqu'à son terme, sans l'abandonner à mi-chemin, c'est-à-dire jusqu'à ce que soit véritablement réalisé le but ultime, l'état d'éveil, et la capacité d'établir tous les êtres dans ce même éveil.
Cet
engagement requiert beaucoup de courage et fermeté d'esprit. Il faut persévérer,
sans douter de notre capacité à réaliser l'éveil et à établir tous les êtres
dans ce même éveil. Quand nous nous engageons sur la voie de l'éveil, une
profonde confiance doit être cultivée. Si nous gardons cette pure motivation
constamment présente à l'esprit, aussi bien notre activité spirituelle que
toutes nos activités quotidiennes deviennent de parfaits moyens de réaliser
l'éveil. Si nous nous demandons sans cesse comment venir en aide à autrui, il
n'est pas nécessaire de nous préoccuper de notre propre bienfait, car celui-ci
se trouve, dès lors, accompli spontanément. En fait, par la mise en application
des méthodes destinées à aider les autres, nous développons également les moyens
qui nous permettront de reconnaître la nature ultime de l'esprit. Cette
réalisation de la véritable nature de l'esprit nous permet alors de nous
manifester sous des formes variées et dans des situations innombrables, pour
venir en aide aux êtres. Nous devenons ainsi un
bouddha capable de manifester cette réalisation
au moyen de corps formels ou
kaya qui œuvrent pour le bien des êtres.
Nous pouvons nous demander s'il est vrai que, en oubliant totalement notre intérêt personnel et en nous vouant exclusivement à l'accomplissement du bienfait d'autrui, nous réaliserons véritablement l'éveil. Cela ne fait aucun doute ; le Bouddha Shakyamouni en est l'exemple qui abandonne toute forme d'intérêt personnel pour se consacrer totalement à la réalisation de l'éveil.
Il déclare :
" Les enfants ne sont occupés que de leur intérêt propre
et errent dans le cycle des existences.
Les sages se préoccupent des autres et atteignent l'éveil. "

En agissant comme le Bouddha, nous abandonnons toute idée d'autosatisfaction, toute forme d'intérêt personnel, pour nous consacrer totalement au bienfait d'autrui.
Les circonstances positives, les succès ou la réputation dont nous jouissons, tout cela est dédié au profit des autres. Quand surviennent des revers, des problèmes ou des obstacles, nous prenons sur nous l'ensemble des difficultés. Abandonnant toute attitude négative, nous nous consacrons totalement par le corps, la parole et l'esprit, à l'activité positive qui accomplit le bienfait des êtres.
Ainsi sommes-nous certains de réaliser la parfaite nature de bouddha. Dans le cas contraire, nous demeurons immatures et ignorants, continuant d'agir sous l'influence égocentrique, tout en ignorant les possibilités d'action en faveur des autres. Notre unique préoccupation est de devenir plus grand, plus riche et plus puissant, de chercher à préserver notre réputation en attirant à nous les situations agréables et les succès, et en cherchant à faire supporter aux autres les difficultés qui se manifestent. Nous abandonnons alors toute intention d'accomplir le bienfait des autres, notre unique souci étant la préservation de nos avantages. Nous n'hésitons pas pour cela à blesser ou à nuire à quiconque se met en travers de nos intérêts. Une telle attitude ne fait que reproduire les causes qui conditionnent le cycle des existences et ses souffrances.

Aussi, quelle que soit notre activité, l'esprit ne devrait jamais abandonner les qualités fondamentales d'amour bienveillant et de compassion.
L'amour bienveillant est le souhait que tous les êtres soient établis dans un état de bonheur sûr et définitif. La compassion est le souhait que tous les êtres puissent être libérés de la souffrance et des actes qui créent la souffrance.
Nous
devrions toujours nous interroger sur ce qui se passe dans notre esprit, et être
capables de sonder notre motivation en toutes circonstances. Sommes-nous
vraiment animés par l'intention de venir en aide aux êtres, ou ne cherchons-nous
pas, à travers eux, une satisfaction personnelle ? Il est important de nous
interroger de cette manière, sinon nous risquons de nous abuser, croyant avoir
une attitude d'esprit positive, et pensant agir de manière bénéfique, alors que
nous sommes mus par des considérations égoïstes.
Entreprendre
une investigation rigoureuse et sans a priori de nos motivations réelles est un
préalable indispensable à l'action.
En observant ce qui se passe quand nous ne pensons qu'à nous-mêmes et que nous agissons pour notre intérêt, nous nous apercevons que nos actions entretiennent et renforcent la fixation égocentrique, responsable de notre errance dans le cycle des existences. Si notre activité n'a d'autre but que de renforcer et d'entretenir cette fixation, elle ne fait que maintenir la souffrance.
C'est pourquoi il est très important de développer en nous la ferme intention de traquer et de réduire la saisie égocentrique. Pour ce faire, consacrons complètement notre corps, notre parole et notre esprit à l'accomplissement du bienfait des êtres.
Essayons de renoncer à toute forme de satisfaction personnelle, et de ne jamais nuire à personne. Il est fondamental d'examiner soigneusement notre esprit et de nous demander sans cesse si nous cherchons véritablement à aider les autres ou si nous tentons de les manipuler ou de les utiliser à notre profit. De cette manière, dès que nous identifions une disposition négative, nous pouvons immédiatement agir sur elle et développer une motivation altruiste de plus en plus sûre. Mais si nous voulons aider les autres sans nous être débarrassés de nos tendances égotistes, cette tentative est vouée à l'échec. C'est pourquoi il est fondamental de libérer l'esprit de toutes les tendances négatives qui l'entravent, afin que puissent se développer réellement les qualités bienveillantes.
Cet amour bienveillant ne se borne pas à une simple intention. Il doit être également manifesté par des actes, et pour cela nous devons suivre l'apprentissage de la pratique. Celle-ci consiste à entraîner notre corps, notre parole et notre esprit à l'accomplissement d'activités vertueuses, dont nous dédions le résultat positif à tous les êtres afin qu'ils atteignent l'éveil le plus rapidement possible. Ainsi nous sommes sûrs que notre intention bénéfique se traduit réellement en actes et en bienfaits pour tous les êtres.
En développant la compassion, nous comprenons que les êtres ont accumulé antérieurement une multitude d'actes, certains positifs, d'autres négatifs, qui résultent pour eux dans la vie présente en toutes sortes de situations favorables et défavorables. En fonction de la diversité des comportements négatifs, ils connaissent la souffrance sous de multiples formes.

Les différentes conditions expérimentées par les êtres agissent elles-mêmes comme causes pour l'accomplissement de nouveaux actes négatifs qui seront à leur tour cause de souffrances futures. En résumé, s'il existe une grande diversité de conditions et d'états d'existence, ils sont tous caractérisés par la souffrance. C'est la raison pour laquelle nous formons le souhait que tous les êtres puissent être totalement libérés, non seulement de la souffrance, mais aussi des tendances qui les poussent à accomplir sans cesse des actions génératrices de souffrance. Nous formons constamment - nuit et jour - le souhait d'avoir la capacité de libérer les êtres de toute souffrance et de les amener à adopter l'état d'esprit positif, l'esprit d'éveil qui sera la cause de leur bonheur futur.
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Dharma Réunion KTT - Mise en page par J.C Von-Pine (Seunam Ouangpo) - Janvier 2006
Emplacement réservé aux
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Copyright © 1999 [Seunam Ouangpo 2006]. Tous droits réservés.
Révision :
09 février 2007
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